LES GRANDS PARISIENS // YOUSSOUF FOFANA, ‘MAISON CHÂTEAU ROUGE’

19 juillet 2017

  

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’, nous sommes allés à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. Nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Nous suivons l’évolution du label parisien ‘Maison Château Rouge’ depuis le début. Aujourd’hui, c’est avec fierté que nous nous sommes rendus au sein de leur boutique. Un espace coloré et métissé, riche de dynamisme et de maturité…à l’image de son co-fondateur Youssouf Fofana. Rencontre.

MON HISTOIRE

Je m’appelle Youssouf, j’ai 28 ans. J’ai lancé il y a deux ans, les Oiseaux Migrateurs avec mon frère, une association qui permet de financer des projets au Sénégal, le pays d’origine de mes parents. En parallèle, nous avons créé notre marque de vêtements Maison Château Rouge, lancée en mai 2015.

MAISON CHÂTEAU ROUGE

Nous avons démarré avec un simple site internet pour vendre nos premiers tops en wax, sans penser que ça allait prendre. Aujourd’hui, notre marque Maison Château Rouge est vendue chez Merci, au Bon Marché, aux Galeries Lafayette…Elle est également présente à l’international : aux USA, en Australie, à Copenhague, au Japon, en Chine…Cela fait deux ans que je n’ai pas fait de pause. C’est à la fois très excitant et à chaque fois, je me demande ce qui va se passer, si je vais être capable de relever le défi ! Dès que j’ai des échéances importantes, je ne me coupe pas les cheveux durant toute cette période. J’ai besoin de cela pour garder le cap. Une fois cette étape passée, je me rase les cheveux et je passe à autre chose.

  

MON STYLE

De la même façon que la parole est la prolongation de l’esprit, pour moi, le vêtement, reflète ce que l’on a en nous, de ce que l’on est. Mon style est un carrefour culturel, un mix d’influences. Je m’amuse toujours à mixer une pièce africaine avec d’autres pièces plus classiques. Je vis en Banlieue à Villepinte. Ce qui est drôle, c’est que mes potes m’appellent le mec de Paname alors qu’à l’école, à Paris, dans le 18ème, j’étais considéré comme un mec de banlieue. Avant, il pouvait y avoir un vrai fossé entre le look parisien et le look de banlieusard. Avec les réseaux sociaux, cette différence tend à disparaître. En effet, tout le monde peut aujourd’hui avoir accès à l’image, à l’information et à ce qui est tendance à Paris en ce moment.

LE QUARTIER DE LA GOUTTE D’OR

J’ai choisi la rue Myrrha pour installer ma boutique. La Goutte d’or, c’est un vrai petit village. Les commerçants et les habitants échangent beaucoup. L’énergie est palpable. Pour moi, c’est le dernier quartier populaire de Paris. Je ne connais aucune capitale où un tel mixage culturel est possible. Ici, toutes les origines se mélangent. C’est beau et fort.

LE GRAND PARIS POUR RÉDUIRE LES INÉGALITÉS

Grâce au projet du Grand Paris, j’espère assister à la rencontre de Paris et sa banlieue. J’espère que le Grand Paris donnera accès à la culture pour tous. On relève encore trop d’inégalités sur ce point entre les jeunes de banlieues et les jeunes de Paris. Se déplacer à Paris pour visiter une exposition reste réservé aux familles qui en ont les ressources. Si vous n’en avez pas les moyens, vous pouvez très vite vous retrouver cloîtrés dans les quartiers et manquer d’ouverture. Si je devais tenir un rôle dans le Grand Paris de demain, je m’engagerais certainement pour lutter contre les inégalités et les réduire. Des hommes comme Thomas Sankara qui s’est battu pour le Burkina Fasso ou Muhammad Yunus, fondateur du micro-crédit m’inspirent énormément. C’est très fort ce qu’ils ont été capables de faire. Aujourd’hui, les inégalités entre les riches et les pauvres se creusent chaque jour un peu plus. On ne pas fermer les yeux là-dessus.

J’espère que le Grand Paris donnera naissance à de nouvelles zones hors de Paris, où se développeront de nouvelles activités économiques. Cela permettrait de réduire le chômage en banlieue, qui est, malheureusement, encore trop important et incitera les Parisiens à se déplacer davantage.

De nouveaux lieux ‘cools’ commencent à s’ouvrir hors de Paris ; je pense au 6B à Saint-Denis. Paris commence à s’ouvrir à l’image de grandes capitales comme Berlin ou Londres.

Pour terminer, ce projet du Grand Paris me fait penser aux rimes du rappeur Médine qui chante dans sa chanson, Grand Paris : « La banlieue influence Paname et Paname influence le monde ». Pour moi la banlieue doit participer à la construction du nouveau Paris ; c’est une richesse incroyable pour Paris qu’il ne faut pas négliger.

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