LES GRANDS PARISIENS // WENDY HUYNH, ARCADES MAGAZINE

22 juin 2017

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’ du 27 Juin qui aura lieu chez ‘Les Grands Voisins’, nous sommes allés à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. En avant-goût, nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Notre 3ème portrait est celui de Wendy Huynh. Nous l’avons retrouvé à Lognes, une ville en banlieue qui lui est chère. Cette banlieue, elle a appris à l’aimer et à la regarder autrement. Elle lui consacre aujourd’hui un magazine appelé Arcades, qui présente toute la richesse culturelle et esthétique de cette banlieue et de ses habitants. Rencontre.

 

L’HISTOIRE DE WENDY

« J’ai grandi en banlieue et j’ai détesté ça. Quand j’étais jeune, habiter en banlieue c’était être exclue, parce que tu mets 45 minutes pour arriver dans Paris. Jeune, je voulais faire partie du centre de Paris, ne pas être obligée de reprendre le RER pour rentrer chez soi. Puis, je suis partie faire mes études d’art à la St Martins à Londres. Ce sont mes aller-retour entre Londres et Bussy qui m’ont fait prendre du recul : j’ai regardé la banlieue d’un autre œil et je me suis rendue compte qu’elle était intéressante.

REGARDER LA BANLIEUE AUTREMENT

L’idée de mon magazine ‘Arcades’, c’est donner une vision honnête et transparente de la banlieue. Je voulais montrer les différentes architectures et à quoi ressemble la banlieue de nos jours. Il y a des architectures très fortes comme à Cergy ou Noisy le Grand, qui méritent qu’on leur prête attention. J’ai appris à regarder la banlieue plus belle, plus forte et c’est cette vision que je voulais montrer à travers mes photos. Aujourd’hui, cette banlieue je l’aime. Elle fait partie de mon histoire.

J’’aime prendre le train et observer les jeunes. J’aime leurs façons de vivre, leur confiance en eux, cette façon qu’ils ont de parler fort, d’écouter la musique, de ne pas craindre d’être qui ils sont. Ils m’inspirent. C’est ce genre de rencontres dont j’aime faire le portrait dans mon magazine.

Quand on parle de style banlieusard, on pense tout de suite à une forme d’esthétique clichée. Avant c’était l’idée du jeune en jogging Sergio Tacchini et en Requins. Maintenant c’est du Supreme de la tête aux pieds. La stratégie marketing de la marque est assez fascinante.

Le parisien d’aujourd’hui s’inspire du style banlieusard dans une volonté d’apparaître plus honnête, plus brut. Paris à quelque chose à prouver à la banlieue. Même les marques de luxe viennent draguer la mode de banlieue.

Si je devais faire une photo pour parler du jeune de Paris et celui de banlieue, je ferais un diptyque : la photo d’un vrai banlieusard et du parisien qui le copie.

Vivant à Londres depuis plusieurs années maintenant, Paris me semble être en retard en terme de restaurants, de tendances ou de mode. Même si, quand je suis à Londres, Paris me manque et je compense en écoutant beaucoup de rap français, Jazzy Bazz, la Chaine Grünt, je trouve néanmoins que Paris manque d’ouverture d’esprit.

 

LE GRAND PARIS IDÉAL

Le Grand Paris c’est une jolie façon de dire banlieue. C’est du marketing mais cela ne me dérange pas. Même si le clivage Paris/ Banlieue est encore fort et existe toujours, si cette expression peut faire bouger les choses, alors utilisons-la. Il ne faut pas oublier que Paris a été sa propre banlieue. Elle en garde encore des traces via toutes les portes qui l’entourent. À Londres, il n’y a pas la même façon de voir la périphérie. À Paris, la différence est marquée géographiquement, à la fois par le périph et par le code postal. Un banlieusard de Paris ne se sent pas parisien alors qu’un banlieusard de Londres se sent londonien. A Paris, la frontière est suggérée.

Mon Grand Paris idéal ne ferait plus de distinction entre Paris et sa banlieue. J’aimerais que les ‘parisiens’ se rendent compte qu’ils se passent autre chose en banlieue. Mais pour cela, il faut créer de nouveaux espaces culturels et de nouveaux espaces pour sortir : des lieux de rencontres où se mélangeraient parisiens et banlieusards. »

Photographies © Neige de Benedetti & ©Wendy Huynh

http://neigedebenedetti.it

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