LES GRANDS PARISIENS // SARAH CERISEL, ÉTUDIANTE À L’ÉCOLE 42

Le 24 juillet 2017

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’, nous sommes allés à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. Nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Sarah nous a donné rendez-vous à l’école 42, porte de Clichy. L’énergie de cette école à la pédagogie alternative et unique est palpable, à chaque coin de couloir. Réservée, Sarah sait néanmoins ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut plus. Créative, visionnaire et déterminée, elle sort des sentiers battus et s’élance dans de nouveaux projets, en excluant tous les formats classiques ou attendus. Elle lance prochainement un repère de lieux artistiques alternatifs appelé Orama Ninja. Rencontre

MON HISTOIRE

« Je m’appelle Sarah, j’ai 27 ans, je suis à l’Ecole 42. J’ai arrêté mes études après le bac et j’ai fait des petits boulots en tant que serveuse ou vendeuse. En parallèle, j’ai monté avec un groupe d’amis, une association dans le domaine du cinéma qui s’appelait « Septième Continent ». J’étais en charge de la production et de la diffusion. Contrairement aux autres membres du groupe, je n’avais pas de formation dans le cinéma. À 25 ans, j’ai eu envie de reprendre mes études pour pouvoir me démarquer et avoir des compétences particulières, notamment en informatique. L’école 42 est arrivée par hasard, grâce à la communication qui a été faite autour de son ouverture. 42 c’est un peu l’école de la dernière chance. Je ne savais pas à quoi m’attendre en passant les sélections et finalement, j’ai été prise.

L’ÉCOLE 42, UN ENSEIGNEMENT À PART

L’école 42 propose une formation unique de codage informatique. Pour intégrer l’école, pas besoin de diplôme particulier, ni même du bac. Le but est de gravir ses 42 niveaux par ses propres moyens et la force du réseau. À cette époque, mon association avait des besoins en Web et moi j’étais de plus en plus intéressée par le milieu de la science-fiction. J’aime le côté organisation et rigueur qu’il peut y avoir derrière un ordinateur, mais j’ai besoin de liberté pour m’exprimer. C’est cette liberté qui me motive. C’est pour cela que je n’ai pas accroché aux études, que je ne suis pas faite pour bosser dans une boite mais que j’ai adhéré au système pédagogique de 42. Dans cette école, il y aussi une vraie mixité sociale car elle est gratuite. Il n’y a même pas de frais d’inscription. Après il faut accepter de travailler 10 à 12 heures par jour et de parler le langage C, le langage du code.

ÊTRE UNE FEMME À L’ÉCOLE 42

Le milieu de l’informatique est un milieu très genré. Dans les années 70-80, il y avait plus de femmes. Mais dans les années 90, le milieu est devenu plus masculin du fait de l’avènement des jeux vidéo. On arrive petit à petit à se refaire une place mais c’est un domaine qui reste encore relativement machiste.

MON PROJET ‘ORAMA NINJA’

Si l’informatique m’intéresse, je ne veux pas devenir l’informaticienne derrière son ordinateur. Je veux m’ouvrir à différents projets. Actuellement, je travaille sur un nouveau projet qui s’appelle ORAMA NINJA. Nous sommes trois à travailler dessus. Nous sommes deux de l’école 42 et un autre de l’école des Beaux-Arts. Nous souhaitons proposer un agenda de l’Underground. Ce sera une plateforme web collaborative pour l’art alternatif, sous représenté et sous exposé. On souhaite parler de tout ce qui est Run Space comme le Wonder ou comme les squats artistiques. Cette plateforme permettra également aux artistes de faire leur propre promotion. On veut créer une interface virtuelle permettant de mettre les personnes en relation dans le réel, en sortant des réseaux sociaux classiques et habituels pour aller vers une vraie connaissance des lieux et des artistes.

MA GÉNÉRATION ET LE NUMÉRIQUE

Ma génération est plus frileuse vis-à-vis du numérique. Plusieurs de mes amis sont sortis de Facebook, beaucoup ne veulent plus s’enfermer à cause du numérique. D’ailleurs, je ne crois pas en l’avenir du Smartphone et aux applications. Je crois au retour des ‘infos lines’ et aux textos venus de nulle part. Demain, le réseau sera plus serré, plus sélectif et permettra aux gens de se retrouver, en vrai.

DE PARIS À LA BANLIEUE

Paris, c’est là d’où je viens. Je suis née dans le 12ème et j’ai grandi dans le 19ème. C’est ma ville. J’ai beaucoup de mal la quitter. Il y a trois ans, j’ai déménagé en banlieue, aux Lilas, pour une question de moyens. Avant pour moi traverser le périphérique était quelque chose d’horrible. Je portais un regard d’adolescente et de parisienne sur la banlieue. Mais finalement, il se passe des choses géniales en banlieue. Pantin, Saint-Ouen ou encore Montreuil sont des villes qui bougent. Les gens commencent à se déplacer davantage en banlieue…mais c’est encore dur. Je me souviens, quand nous organisions des soirées ciné-club qui se déroulaient au cinéma Étoile Lilas, on n’écrivait pas le nom de la ville Lilas sur nos affiches…En écrivant Paris, on savait qu’on aurait plus de monde, que si on avait écrit ‘les Lilas’.

Mais aujourd’hui, c’est en train d’évoluer. Par exemple, on constate un vrai retour de la tendance clubbing, aux soirées sauvages. Ce sont celles du Péripate, Porte de Pantin ou celles organisées au 6B qui ont redonné l’élan de s’y déplacer.

LE GRAND PARIS

L’idée d’intégrer les banlieues et pas seulement les plus proches est une bonne chose, en soi. Mais j’ai du mal à imaginer comment cela va être possible. Pour moi, cela reste une utopie. C’est encore dur, pour la plupart des gens de se déplacer dans le Grand Paris et c’est véritablement complexe de se rendre dans le fin fond du 94. Néanmoins, j’ai envie d’être présente et active, pour voir ce qui va se passer demain.

Le Grand Paris, demain, ce sera le poumon vert de Paris. J’espère que ce projet apportera un nouveau souffle à notre capitale qui s’enferme. «