LES GRANDS PARISIENS // NASTASIA HADJADJI, JOURNALISTE ET FÉMINISTE

25 juin 2017

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’ du 27 Juin qui aura lieu chez ‘Les Grands Voisins’, nous sommes allés à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. En avant-goût, nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Notre 5ème portrait est celui de Nastasia Hadjadji, une féministe pluridisciplinaire. Nous avons recueilli sa vision du Grand Paris et discuté de la place des femmes dans la société. Une vision nouvelle, artistique et musicale qui questionne les cadres normatifs et dédiabolise le terme de féminisme.

Rencontre

FÉMINISTE PLURI-DISCIPLINAIRE

« Je m’appelle Nastasia, j’ai 27 ans. Je fais partie d’un collectif féministe queer sex-positive qui s’appelle ‘Brigade du stupre’ (http://www.brigadedustupre.com/). Nous étions 5 au début, maintenant nous sommes une bonne dizaine. Nous cherchons à renouveler les manières de parler de féminisme, en invitant des artistes féminines, notamment. Notre approche est moins violente, moins rigide, moins politisée, moins vindicative. Nous portons également une grande attention, depuis le départ, à l’image et l’imagerie, qui n’existe pas dans les collectifs traditionnels. Nous avons une approche pluri-disciplinaire, avec un format évolutif. C’est une plateforme pour rendre les gens créatifs de notre collectif visibles. Mon dernier projet s’appelle ‘Music Herstory’: un projet multimédia qui aborde les cultures musicales au prisme des questions de genre. Ce projet donne la parole aux femmes activistes qui font bouger les lignes et prennent des initiatives contre le sexisme, dans leurs industries musicales respectives.

PARIS VS BERLIN

Dernièrement, j’ai interviewé Beatriz Ferrara. Les enjeux du féminisme ne sont pas problématisés ici, alors qu’ils sont déjà vivifiants à Berlin. J’ai aimé cette ville parce que les gens avaient les mêmes interrogations que moi. Plus je voyage, plus je me rends compte que Paris est étriqué, à Berlin, j’y trouve plus d’espace et plus d’espaces intellectuels. C’est moins compartimenté. A Paris, sur la question du genre, ça ne bouge pas vraiment.

MON LOOK, MA PAROLE

J’ai toujours affirmé quelque chose par ma tenue. Ce n’est pas neutre. J’ai plaisir à m’habiller et j’y fais très attention. Je n’ai pas toujours été couleurs sombres, mais j’ai toujours voulu me démarquer, affirmer une singularité. Au lycée, j’étais une excentrique. Aujourd’hui, je suis habillée tout en noir. C’est un parti-pris esthétique, pour montrer le lien étroit que j’entretiens avec des courants musicaux comme le punk ou la musique industrielle des années 80. Mon look fait clairement référence à cela. Si j’étais un vêtement, je serai un perfecto : parce que c’est un vêtement codifié, associé à une culture musicale et politique qui m’est chère, parce qu’il représente la révolte aussi. C’est fort et c’est ce qui me plait.

JOUER LES CONTRE PIEDS

J’aime aller dans le contre-pied, jouer les oppositions. Le contre-pied, c’est mes cheveux. Je porte les cheveux rasés, mais je porte tout près du corps. Cela fait un an et demi que je les porte rasés. J’ai eu envie de me raser les cheveux…sans doute en lien avec toutes les questions de genre que je me pose. Ce n’est pas que esthétique. Ma mère a été horrifiée de me voir ainsi. Au début, elle m’a sorti toute la symbolique autour des femmes rasées : Auschwitz, les femmes résistantes. Depuis, elle s’est habituée…

LE GRAND PARIS

Le Grand Paris c’est un projet de métropole française pour inscrire Paris dans une démarche globale, qu’elle puisse avoir la même amplitude que d’autres grandes capitales mondiales comme Tokyo, New York… Pour moi c’est un projet urbain et politique et une décision pour renforcer l’attractivité de Paris.

LE GRAND PARIS IDÉAL

Il y a un vrai travail urbanistique et sociologique à faire au sein de ce projet. Paris est une ville très concentrée et très dense. Ce genre d’organisation n’a pas vraiment d’équivalent dans le monde. J’étais à Berlin il n’y a pas si longtemps et on se rend compte des différences d’échelle et de densité de population. Le fait d’élargir et d’alouer un peu plus d’espaces à Paris, pourrait vraiment être un facteur positif pour le mieux vivre ensemble et le quotidien des parisiens. Paris est une ville qui peut être très agressive, de part cette densité de population. Cette perspective urbanistique et sociologique du Grand Paris permettrait de faire le lien entre Paris et sa banlieue, des territoires qui sont quand même clivés. Paris peut être une ville agressive, parce qu’il y a beaucoup d’inégalités finalement. Le Grand Paris permettrait d’élargir les marges et donc de développer pas mal de choses à ce niveau là.

Les enjeux féministes sont évidemment les sujets qui m’intéressent le plus. C’est ma lutte, mon engagement personnel et j’estime que c’est un terrain crucial à explorer avec une perspective féministe pour le grand Paris de demain.

Photographies © Matthieu Lemaire-Courapied

http://www.lemairecourapied.com/

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