LES GRANDS PARISIENS // NADINE GONZALEZ, MODAFUSION

Le 30 juin 2017

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’, nous sommes allés à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. Nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Nadine nous a accueilli au sein du Mob Hotel à Saint-Ouen. Bientôt, on ne parlera plus de la violence, ni du chômage du quartier mais bel et bien de la créativité de Saint-Ouen, où elle ouvrira prochainement la première école de mode. Passionnée, optimiste et engagée, Nadine ne baisse jamais les bras, surtout quand il s’agit de consacrer les esthétiques périphériques. Rencontre.

  MON HISTOIRE

 » Pour mes 30 ans, mes amis m’ont offert un billet pour le Brésil. Je ne devais y rester que 3 mois, mais l’ambiance brésilienne m’a happé, j’ai senti cette énergie créative et j’ai eu envie de rester pour tenter quelque chose. Je suis rentrée en France, j’ai tout plaqué et je suis partie vivre au Brésil. J’y suis restée 10 ans. Au moment des attentats en France, j’ai été touchée et j’ai eu besoin de rentrer.

Au Brésil, en 2006, j’ai monté une association pour les femmes ou l’idée était d’identifier, former et promouvoir les talents féminins des quartiers populaires. J’ai travaillé aussi bien avec un public de prostituées que des femmes en milieu carcéral. Je me suis fait longtemps boycotté au Brésil, pour l’image que je renvoyais des Brésiliennes à l’étranger.

En parallèle, pour arrondir mes fins de mois, j’étais journaliste pour Arte. On me demandait de traiter de sujets autour de la dureté de la vie dans les favelas mais j’ai préféré arrêter, car nous avions des visions différentes. Cela ne correspondait pas à ma vision du Brésil et des Favelas.

J’ai ensuite crée « La Casa Geraçao », une école de mode gratuite à 98%, destinée aux jeunes des favelas. «  Geraçao » veut dire génération. Ce mot fait sens pour moi, car je suis de la génération de Mittérrand, la génération qui a donné la parole aux jeunes.

TRAVAILLER AVEC UN PUBLIC DE JEUNES ISSUS DE MILIEUX POPULAIRES

Plus qu’une école de mode, c’est une école de vie. Que ce soit au Brésil ou à St-Ouen, on apprend à nos élèves que la créativité c’est le pouvoir. L’objectif est de devenir un leader d’opinion de la périphérie. Mes élèves ont un profil atypique, ils ne comprennent pas qu’on leur donne cette opportunité donc ils sont méfiants, ça prend du temps d’instaurer un climat de confiance. Au Brésil, je suis restée une «gringa », une étrangère, pour eux.

DES FAVELAS À ST OUEN

Finalement, je me suis entrainée 10 ans au Brésil pour faire le même genre de projet, ici, dans le 93. Ce département est le plus jeune et le plus métissé d’Ile de France. C’est aussi, le département où il y a le plus faible taux de scolarisation et le plus fort taux de chômage pour les jeunes. Ici, ils se sentent tous victimes du système, il y a une forme de révolution incontrôlée. Les jeunes vivent au système S, ils sont dans la débrouille tout le temps.

Je me suis rendue compte, avec mon expérience au Brésil, que plus il y a de violence plus il y a de créativité. Avec mes écoles, mon but est de transformer cette haine en énergie créative. Créer cette école en France est une vraie leçon d’adaptation de ce que j’ai fait au Brésil. C’est un projet pilote où je m’entoure des acteurs locaux du 93 où l’on travaille en réseau et en partenariat avec d’autres écoles.

LE GRAND PARIS

Pour moi, l’expression ‘Grand Paris’ est un terme politique. C’est une évidence qu’il faut faire avancer les choses. Par exemple, ils se passent plein de choses en banlieue mais c’est encore trop compliqué de s’y déplacer. Pour aller d’une banlieue à une autre, il faut repasser par Châtelet, c’est aberrant.

En 10 ans, Paris a changé. Aujourd’hui ce n’est plus la banlieue qui s’inspire de Paris mais l’inverse. La banlieue fait de plus en plus entendre sa voix et propose de nombreuses initiatives solidaires. On retrouve cette approche aussi dans le milieu de la mode.

On s’éloigne de cette logique capitaliste pour se rapprocher de plus en plus de logiques artisanales et éthiques. On veut entreprendre de façon plus authentique dans un processus d’entraide. Moi ce que je veux, c’est travailler avec les autres, en créant des interactions entre les périphéries et Paris.

Dans 10 Ans, Paris sera peut-être devenue la cité historique et le Grand Paris son poumon créatif…qui sait?  »

Enregistrer