LES GRANDS PARISIENS // BAHAR ASHOURI, CRÉATRICE DE LA MARQUE RAINETTE

Le 17 juillet 2017

  

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’, nous sommes allées à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. Nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Direction la banlieue pour rencontrer Bahar, chez elle. D’origine Iranienne, elle porte un regard insolite sur Paris et la banlieue dans leur rapport à la femme, à l’argent et à la création. Rencontre avec une femme de conviction, pleine d’idées qui vient de lancer sa marque Rainette, une gamme d’équipement innovant pour les enfants transportés à vélo.

L’HISTOIRE DE BAHAR

Je viens d’Iran. Je suis arrivée en France à l’âge de 11 ans et j’ai grandi à Créteil, avec le rêve d’habiter Paris une fois grande.

L’ENFANCE À CRÉTEIL

La cité à Créteil était très fermée et difficile. C’est pas sympa la vie en cité, les communautés ne se mélangent pas. Nous on s’habillait en ‘zoulette’, taille 48 et on trainait à Créteil Soleil le week-end, c’était comme cela notre vie de banlieue.

Mais je savais que j’étais de passage, que ce n’était pas mon port, je me disais que j’appartenais à un ailleurs. Je suis partie vers 20 ans. J’ai trouvé un petit appartement sous les toits à Paris, j’étais heureuse d’avoir ma petite maison de poupée à Paris centre. J’ai fais une école de communication, puis un stage dans la télé ou je suis restée 10 ans comme directrice de casting.

Par la suite, je suis devenue maman et ce n’était plus possible de vivre à Paris avec une petite fille. Il était hors de question à 33 ans, de vivre à nouveau dans un 30m2 et de tirer le canapé lit du salon tous les soirs.

J’ai donc retraversé le ‘périph’ et j’ai débarqué aux Lilas. Je ne l’ai pas choisi, mais ici, je pouvais vivre dans un 58m2, j’avais la sensation de vivre dans un château. Au début j’ai quitté Paris la mort dans l’âme et, maintenant je ne retournerais dans la capitale intra-muros pour rien au monde.

MON RETOUR EN BANLIEUE 

Ici, nous ne sommes pas dans la consommation, on n’est pas happé par une spirale mercantile. À Paris, tu manges à emporter. En vivant à banlieue, je me suis mise à manger bio et à recycler. Le rapport au temps est différent en banlieue. Quand on sort du métro « Mairie des Lilas », on se sent soulagé. Ici, on prend le temps, on s’occupe de nos enfants… Un magasin Naturalia s’est installé, ce qui fait qu’on se sent tout de même un peu parisien ! Au niveau idéologique, on est plus proche de la mentalité de Paris Est. C’est un état d’esprit. Je n’aurais pas vécu dans l’Ouest, la créativité se passe dans l’Est.

   

RAINETTE, UNE HISTOIRE D’AMITIÉ

Je déprimais en télé, je cherchais une nouvelle voie. J’ai préféré perdre mon confort financier pour me recentrer sur ce que je voulais vraiment faire. Quand tu n’as pas les moyens, tu deviens plus créatif. C’est le système D, tu apprends la débrouille.

C’est en transportant ma fille à vélo tous les jours que je me suis dit qu’il fallait créer un imperméable innovant qui s’adapte de façon pratique au siège pour enfant. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de Rainette.

Rainette, c’est une histoire de vie. J’ai mis tout mon entourage à contribution, ma belle mère à la couture, mes copines pour la communication. Sans cet entourage, le projet n’aurait pas vu le jour. J’ai aussi lancé un Kiss Kiss Bank Bank pour soutenir mon projet et la marque est née.

Avant on créait dans le 8ème et on faisait produire dans le Sentier. Maintenant on crée aux Lilas et la sérigraphie est faite à Montreuil. Rainette est devenue une création ‘Made in Banlieue’.

PARISIENNE BANLIEUSARDE OU BANLIEUSARDE PARISIENNE 

J’ai quitté l’Iran à cause du régime islamiste. À Créteil, pendant mon adolescence, c’était un univers très macho, très genré aussi. Il y avait des bancs pour les filles et des bancs pour les garçons, pas de mélange. Cela m’a profondément marquée. J’ai toujours été intéressée par les questions autour du genre et je lutte aujourd’hui contre ce clivage filles/garçons.

Je suis une femme urbaine qui met des chemises d’hommes et des jupes féminines trouvées en fripes. J’aime contrebalancer les codes masculins/féminins dans mon vestiaire. Je porte du rouge à lèvres rouge pour recevoir et aller à Paris. Le rouge à lèvres rouge, c’est très parisien. Aujourd’hui, je dirais que j’ai un style qui s’adapte à ma vie de banlieue, au fait de prendre mon vélo, d’acheter du seconde main ou d’aller au parc.

MA VISION DU GRAND PARIS

À Paris, il n’y a plus d’étudiants et peu de travailleurs qui peuvent s’y loger. Paris tend à devenir une ville musée.

La capitale a besoin de cette grande métropole car la banlieue créée une atmosphère conviviale où on s’auto-suffit. Aux Lilas, par exemple, on a quatre crêperies, 30 opticiens, il y a le plus fort taux de coiffeurs au mètre carré, je pense ! J’en rigole mais il est vrai que les banlieues, en se développant, offrent toutes les commodités à ses habitants.

Paris, je ne m’y rends que pour mon rapport à l’argent : je consomme et je lève des fonds à Paris. Mais pour moi, l’énergie créative vient de la périphérie.

Suivez Rainette sur son instagram @rainette.shop !