LES GRANDS PARISIENS // ARTUS DE LAVILLÉON, ARTISTE

23 juin 2017

Dans le cadre de notre conférence ‘Les Grands Parisiens’ du 27 Juin qui aura lieu chez ‘Les Grands Voisins’, nous sommes allés à la rencontre de parisiens intra et extra-muros qui font voir la vie en Grand. En avant-goût, nous partageons les histoires de celles et ceux que nous avons interviewé.

Notre 4ème portrait est celui d’Artus de Lavilléon. Il nous a reçu au sein de son appartement sur l’île Saint Louis, qu’il quitte prochainement pour le calme de la campagne. Artiste pluridisciplinaire, il a longtemps marché à travers le Grand Paris pour photographier cette vie quotidienne comme témoignage sans filtre d’une époque. Rencontre.

ARTUS, ARCHIVEUR DU QUOTIDIEN

« Je suis artiste, parce que je suis incapable de faire autre chose et que je ne vois pas ce que je peux faire d’autre. J’archive ma vie de la manière la plus large possible sous la forme de petits livres . Je suis heureux, assez positif, obsédé et compulsif. Mon travail le plus emblématique est d’ailleurs celui intitulé ‘La Chambre’ : pendant 10 ans, j’ai absolument tout conservé dans ma chambre de 15 m2 à Paris : les courriers, les lettres d’amour, de rupture, les cartes orange, les emballages d’ordi, tous les vêtements, les cheveux, les baskets… Je continue aujourd’hui à archiver le quotidien, j’ai toujours des boites avec écrit dessus « papiers divers et variés ».

Je travaille par périodes. Depuis 3 ans, j’affectionne particulièrement la photo, même si on me connaît davantage par le biais de mes dessins.

PARIS LUMINEUSE

J’aime Paris. Pour moi, c’est la plus belle ville du monde (même si j’adore aussi faire du vélo à New York ! ). C’est une ville incroyable, magique et magnifique, qui a les qualités de ses défauts : les musées, les terrasses de café, la lenteur…et c’est aussi la circulation, le bruit, une ville où chacun a sa vie, où les parisiens ont du mal à filer leurs contacts, où il faut être introduit pour évoluer.

Si Paris était une œuvre, ce serait certainement, ‘La Fée Électricité’ de Raoul Duffy. Cette fresque présentée au musée d’Art moderne, que je n’aime pas du tout d’ailleurs, est un bon condensé de cette ville. Paris c’est lumineux, dynamique et c’est Haussmann. A contrario, le Grand Paris, c’est plus gris, même si on trouve plus d’espaces verts. C’est comme ça que je le perçois en tout cas…il y a moins de magasins, donc moins de lumières…Ils sont différents.

   

GRAND PARIS DÉSERT

Ce Grand Paris, je le connais bien : je l’ai photographié dès 2010, en marchant. Je partais du centre de Paris, pour aller vers le Grand Paris. Pour ma première marche, je suis parti du canal Saint-Martin et je suis allé à pied jusqu’à Pantin. La marche permet d’emprunter d’autres chemins, d’explorer. Ce qui m’a le plus frappé, c’est que le Grand Paris est complètement désert. Si on ne se trouve pas à la sortie d’une bouche de métro ou sur la place du marché, il n’y a absolument personne, les quartiers sont déserts. C’est assez fascinant…J’ai fait 7 grandes promenades et je n’ai presque rien vu.

Pour moi, le ‘Grand Paris’ n’existe pas. Il s’agit d’une appellation positive contrôlée. Une invention médiatique qui a son utilité. C’est une manière de montrer aux parisiens que Montreuil c’est pas si loin, ou qu’Asnières c’est pas si loin non plus. Cette expression permet de signifier aux Parisiens qu’ils habitent encore à Paris et de lutter ainsi contre la crise du logement.

Cette esthétique de banlieue devient de plus en plus forte sur les réseaux sociaux. On montre par le biais de la photographie la banalité quotidienne sans essayer de mettre des effets. Est-ce que c’est beau ? Est-ce que c’est laid ? Ni l’un, ni l’autre. C’est une photo, parfaitement prise comme un témoignage très froid, direct qui incarne notre époque actuelle. J’ai en tête une photo que j’ai faite au cours de mes marches, qui pour moi, représente parfaitement cette esthétique de la banlieue : une fausse Vénus de Milo posée sur des bandes de gazon entourée d’immeuble, avec la voiture garée devant. La voiture est un marqueur temporel incroyable d’ailleurs.

Bizarrement pour quelqu’un d’anti-consumériste comme moi, je trouve que les hipster-bobo-branchés malgré les critiques qu’on leur colle sur le dos, savent faire des lieux cools et ils sont la première étape de la mixité et, donc, d’une civilisation généreuse.

Les artistes de la nouvelle vague étaient des hipsters de leur époque. Tout le monde les détestait et les critiquait, mais finalement tout le monde les a suivit.

Les ‘bobos hipster branchés’ de chaque époque sont souvent les 1ère générations de fauchés, qui comme elles n’ont pas d’argent, vont dans des endroits où personne ne va. Les hipsters n’ont pas peur de se mixer et ce sont eux qui permettent de créer de nouvelles dynamiques de quartier, du lien. Quand j’étais jeune, le Haut Marais était complètement mort. Ceux qui y vivaient, étaient de vrais branchés, sans le sous, qui habitaient le quartier et qui l’ont peu à peu transformé.

Dans quelques jours, je déménage en Bourgogne. C’est un besoin de vivre à la campagne. C’est important et ça ressource d’être en contact avec les vrais gens, avec des rapport au monde qui sont différents du tien. Je suis très heureux quand je suis ami avec un mec très diffèrent, un pêcheur, par exemple. Après je reviens pour les raconter. Et puis j’aime les gens chelous. la « cheloutrie ». C’est une qualité d’être diffèrent ou inadapté. Pour moi, ce sont des gens exceptionnels d’une façon ou d’une autre. »

Tous les livres d’Artus sont disponibles en téléchargement libre sur son site : http://artusdelavilleon.com

Photographies © Neige de Benedetti

http://neigedebenedetti.it

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